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Cette semaine, j’ai assisté à une scène assez surréaliste en Espagne. L’événement était assez prévisible et n’a pas fait preuve d’une mesure cohérente à tous points de vue de la part des autorités. Que cela ait été voulu ou créé par incompétence, le résultat a été le même : une image catastrophique malgré les tentatives de modération ridicules opérées par le pouvoir en place.
Je m’explique : il y a quelques jours, lors d’une étape de la Vuelta (course cycliste réputée s’il en est en Espagne) au Pays basque, un groupe de manifestants a bloqué le passage des cyclistes et perturbé l’étape en question. Je précise que le thème de la manifestation importe peu ici ; il est question de la gestion de la sécurité intérieure lors d’un événement sportif ou tout autre événement, quel qu’en soit le sujet.
Nous avions donc un groupe de personnes souhaitant exprimer leur opinion, leur sentiment sur un sujet, regroupées dans les rues du Pays basque, arborant des drapeaux, des pancartes, chantant, criant et exposant des slogans à la vue de tous. Cette forme d’expression est connue et usuelle de nos jours et se doit d’être organisée et encadrée selon les règles en vigueur du pays dans lequel elle se déroule.
Pour plusieurs raisons, la principale étant la sécurité des biens et des personnes, les pouvoirs publics doivent pouvoir organiser la coordination de leurs services et assurer les services quotidiens en plus des événements sportifs, culturels ou politiques. En l’espèce, l’absence d’information, d’organisation et la volonté de perturber, de bloquer cette étape de la Vuelta au Pays basque s’inscrivait dans une action de défiance des règles établies par un État souverain, en plus de porter atteinte à la sécurité des sportifs, du public présent — dont beaucoup d’enfants, le cyclisme étant un sport toujours très populaire pour la jeunesse espagnole.
L’opération illégale, quel qu’en soit le motif, fut un succès puisque la plupart des médias en ont parlé et donc le sujet porté fut très largement diffusé. Le constat, le seul qui en résulte, est que l’imposition par la force et la perturbation volontaire de l’espace public est efficace, quelles qu’en soient les conséquences, puisqu’on est entendu.
Devant cette première alerte, les pouvoirs publics en charge de la sécurité intérieure auraient dû prendre toute la mesure d’un tel événement, qui aurait pu rester anecdotique s’il n’avait pas été suivi d’une réplique plus sérieuse à tous points de vue.
Le 14 septembre 2025, la dernière étape de la Vuelta à Madrid, capitale de l’Espagne, fut interrompue par des manifestants. Des scènes de chaos et de blocage volontaire de l’étape finale ont été constatées. On ne peut expliquer qu’un tel événement se déroule dans la capitale espagnole que par deux hypothèses : un laisser-faire des pouvoirs en place ou une totale incompétence en matière de sécurité intérieure et de respect des règles étatiques.
Il en a résulté une présence policière en sous-effectif ayant causé certains événements dommageables mais inévitables. Lorsque vous êtes un groupe de 20 policiers et qu’en face de vous se trouve un groupe de 500 personnes ne respectant pas vos injonctions de calme et de respect des règles de sécurité, la réponse est souvent perçue comme disproportionnée par celui ou celle qui se voit comme légitime.
Il ne s’agit pas là d’excuser une forme de violence, il s’agit de contextualiser un rapport de force imposé par le climat d’insécurité généré par l’absence de respect des règles de sécurité s’appliquant aux regroupements publics dans les rues d’une ville — qui plus est lorsque celle-ci est déjà remplie de public de type familial venu assister à une course cycliste.
La sous-estimation ou la volonté de ne pas prendre la mesure de l’avertissement qui s’était déroulé au Pays basque est une forme de mise en danger du public sur son propre sol. Ceci est une chose qui, quoi qu’on pense du sujet, ne peut être éludée par une pirouette de communication. D’autant plus que le message est assez clair sur la possibilité de faire ce qu’on veut dans les rues des villes espagnoles.
C’est un constat totalement consternant pour le gouvernement espagnol et pour l’Espagne en général. Un gouvernement qui laisse la violence et la force perturber la bonne marche de sa sécurité intérieure et qui laisse son agenda, sa population être pris en otage par des organisations ne respectant pas ses règles ne peut pas s’attendre à autre chose qu’à une succession d’événements incontrôlés et incontrôlables, qu’ils visent des individus, des groupes d’individus ou des biens.
Laisser faire ce genre d’événements est un aveu de faiblesse, un aveu de manque de contrôle de son territoire, de sa communication, de manque de sécurité globale préjudiciable au pays et à ses habitants. Le sujet importe peu, le constat serait le même pour tout autre sujet : ce genre de manifestations ne répond à aucune règle, elle est donc au mieux anarchique, au pire terroriste.
Laisser l’anarchie et/ou le terrorisme, sous quelque forme que ce soit, sur son territoire est une erreur monumentale. Il s’agit d’un point de vue sans parti pris pour aucun parti politique, en place ou pas. Le sujet des manifestants n’est pas le sujet, le gouvernement actuel non plus. Le sujet est plus global : il est de savoir si nos pays ne se laissent pas gagner par une forme d’expression qui ne laisse plus la place à l’échange, à la discussion, au respect des règles, mais à l’imposition par la force de ce qu’on pense juste.
Le respect des règles ennuie profondément la plupart des organisations derrière ces événements, car il requiert de se plier à des contraintes, notamment connaître les noms des organisateurs, leurs financements, et ainsi pouvoir savoir qui, pourquoi et comment. Ces questions sont les plus importantes. La manipulation de masse est une technique qui n’est pas nouvelle ; elle connaît une ampleur sans équivalent de nos jours.
Les problèmes complexes sont résumés d’une façon tellement basique que cela en devient ridicule et dangereux. Il est urgent pour nos démocraties de ne pas succomber à l’imposition de l’anarchie et du terrorisme dans leurs rues, quel que soit le sujet.

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