Proposition quotidienne de rédaction
Que s’est-il produit de notable aujourd’hui ?

Ne pas sous-estimer les réseaux sociaux, on coupe !

Aujourd’hui, j’ai été stupéfait de lire un article écrit par une personne qui, par le passé, a souvent rédigé des analyses très intelligentes et nuancées sur de nombreux sujets. Pourtant, dans cet écrit, l’auteur minimise carrément l’impact des réseaux sociaux sur nos sociétés. Ce qui m’a profondément dérangé, c’est de constater que quelqu’un, qui semble posséder une vision claire du monde dans lequel nous évoluons, se permet de réduire à néant l’influence réelle et massive de ces médias numériques sur notre vie quotidienne.

Il est aisé de comparer la situation d’avant et d’après l’avènement d’Internet. Avant que la toile ne se développe, les sources d’information étaient limitées et soigneusement sélectionnées par des institutions reconnues, des journaux et des chaînes de télévision qui se conformaient à des codes déontologiques stricts. L’explosion des sources d’information qu’a provoquée Internet a, au départ, apporté une ouverture bienvenue qui a démocratisé l’accès à l’information pour le meilleur de tous les usagers. Cependant, il n’en reste pas moins que l’arrivée fulgurante des appareils mobiles et la démocratisation du pouvoir de publication sur les réseaux sociaux ont engendré une prolifération sans précédent de contenus, souvent non contrôlés et dépourvus de tout filtre éditorial sérieux. Aujourd’hui, il devient mathématiquement impossible d’effectuer le filtrage et la vérification nécessaires pour garantir l’authenticité et la qualité de l’information diffusée en ligne.

Lorsqu’on aborde la question de la restriction des contenus pour les publics avertis, notre réflexion se tourne, toujours en premier lieu, vers les contenus violents ou inadaptés à l’enfance. Toutefois, le problème ne s’arrête pas là. Si l’on pense aux jeux d’argent en ligne, aux contenus pour adultes ou à l’irruption massive de fausses informations, il est évident que l’absence de régulation stricte sur les réseaux sociaux permet à toutes ces formes de contenus de pulluler, sans que les mécanismes de vérification puissent intervenir efficacement pour protéger la société. Ce flot de contenus polluants ne se limite pas seulement à des sujets sensibles comme la violence ou la pornographie, mais s’étend aussi à une véritable pollution de l’esprit due à la désinformation et aux manipulations de l’information.

Toutes ces restrictions que l’on pourrait qualifier de mesures sanitaires ou de protection de l’enfance connaissent un succès incontestable dans le secteur traditionnel des médias. Il est presque impensable de débattre de l’interdiction de contenus violents destinés aux enfants ou de la diffusion de fausses informations dans le cadre de la presse professionnelle, puisque ces limites sont déjà encadrées par des règles déontologiques, des normes juridiques et des codes de conduite établis par des professionnels rigoureux. En revanche, sur les réseaux sociaux, ces garde-fous font cruellement défaut, car les contenus ne résultent plus du travail d’institutions ou d’individus soumis à une éthique professionnelle. Ils sont désormais souvent produits par n’importe qui, sans contrôle préalable des lois du pays ni respect d’une quelconque déontologie.

Cette situation me conduit à penser que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une ère proche de l’anarchie informationnelle. C’est fascinant et inquiétant à la fois de constater la symbiose mal assurée entre deux mondes apparemment opposés : l’anarchie digitale et le capitalisme effréné. La quasi-totalité de la dérégulation de l’information que nous connaissons actuellement favorise l’accumulation d’énormes profits pour quelques-uns, en exploitant un flux continu de données, tandis que simultanément, elle engendre un chaos informationnel et sociétal que beaucoup semblent minimiser ou, pire encore, être incapables de constater dans leur acuité. Depuis la dérégulation totale jusqu’aux profits massifs réalisés par certains acteurs du numérique, il est clair que ce déséquilibre affecte profondément la qualité du débat public et la cohésion sociale.

Il existe une forme d’aveuglement inquiétante face à ce phénomène. Bien que nos élus prennent ponctuellement la parole et interrogent les acteurs du secteur lors d’événements graves, il est évident que de telles mesures ne vont pas au-delà de simples pansements sur une plaie infectée. Mettre un pansement sur une blessure n’est pas suffisant lorsqu’il s’agit d’une véritable gangrène sociétale causée par la prolifération incontrôlée de contenus avilissants et mensongers. Parfois, il faut trancher, couper de manière décisive et radicale pour préserver ce qui reste des fondements de notre espace public et de notre démocratie numérique.

Personnellement, même si j’ai tendance à être plus modéré que certains lorsqu’il s’agit de partager mes opinions, ce que je vois et entends aujourd’hui me pousse à agir autrement. Il devient urgent de frapper fort sur la table. Des mesures drastiques doivent être envisagées pour remettre de l’ordre dans cet espace qui, depuis trop longtemps, ne bénéficie d’aucun contrôle effectif. L’objectif doit être clair : couper radicalement le flux continu de contenus débilitants, avilissants et fondamentalement inutiles qui inondent nos réseaux et sapent la santé informationnelle de notre société.

Intervenir sur ce constat revient à reconnaître que l’information, lorsqu’elle circule sans filtre ni régulation, peut devenir une arme aussi dangereuse qu’une source de confusion permanente. Comment ne pas évoquer la « désinformation », les « fake news », la « pollution informationnelle » ou encore le « chaos digital » ? Ces termes, désormais courants dans les débats sur l’impact des réseaux sociaux, soulignent combien cette dérégulation influence non seulement le débat public, mais également l’évolution de la société dans son ensemble.

Dans le contexte actuel, nous assistons à la fusion paradoxale de l’anarchie et du capitalisme, deux forces qui, ensemble, propulsent une économie numérique profitable aux élites tout en déstabilisant les bases de la cohésion sociale. Ce paradoxe est au cœur d’un débat qui devrait interpeller chaque citoyen : comment concilier la liberté d’expression offerte par les réseaux sociaux avec la nécessité d’un contrôle et d’une régulation qui protègent l’intérêt général ? L’absence de filtres efficaces ne laisse d’autre choix qu’à un déséquilibre extrême entre la diffusion de l’information et sa vérification, et ce déséquilibre engendre, inévitablement, un chaos qui touche à la fois le citoyen et le système démocratique.

Il est impératif de se poser des questions sur ce que nous considérons comme normal aujourd’hui. L’aveuglement que nous observons doit être contrebalancé par une prise de conscience collective, où les acteurs publics et privés s’engageraient à instaurer des mécanismes de contrôle plus stricts sur la diffusion des contenus en ligne. Les réseaux sociaux, qui doivent être le reflet de notre diversité culturelle et intellectuelle, subissent actuellement une dérégulation qui transforme la qualité de l’information en une marchandise à la merci des intérêts financiers. Pour enrayer cette tendance, il ne s’agira pas seulement d’intervenir ponctuellement, mais de repenser en profondeur la manière dont l’information est structurée, vérifiée et diffusée sur ces plateformes.

En fin de compte, face à ce flot incessant de contenus débilitants, il semble que nous n’ayons d’autre choix que d’appeler à des mesures fermes et déterminées. Les exemples de régulation traditionnelle, où les contenus à destination des enfants ou les informations erronées étaient soumis à des vérifications rigoureuses, devraient servir de modèle pour les réseaux sociaux. Sans régulation, nous risquons de voir notre espace public se transformer en un véritable terrain neutre pour la propagation de la désinformation, mettant à mal la crédibilité de nos institutions et la santé de notre débat démocratique.

En conclusion, je pense qu’il n’existe, dans le climat actuel, aucune solution modérée pour contrer ce flot continu de contenus avilissants. Il est temps de frapper fort, de couper net aux sources de cette pollution informationnelle, et de mettre en place des mesures qui, à terme, restaureront un environnement numérique plus sain, plus fiable et respectueux des valeurs démocratiques. Car au-delà de la simple réaction ponctuelle, il faut repenser l’ensemble du système de diffusion de l’information afin que le pouvoir des réseaux sociaux soit mis au service d’une société éclairée et non d’un chaos déstabilisateur.

© Olivier 2020–2065.
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