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Réflexion critique sur un débat actuel
Une technologie incontournable à interroger
Le sujet de l’intelligence artificielle m’intéresse particulièrement. Je pense d’ailleurs que tout le monde devrait s’y intéresser : le monde de demain en sera rempli, il l’est déjà bien trop. Contrairement à d’autres révolutions technologiques, celle-ci aura des conséquences négatives comme positives. Dans quelle mesure les unes l’emporteront sur les autres ? Impossible à dire à l’heure actuelle.
Si vous avez déjà lu certains de mes articles à ce sujet, vous savez que pour l’heure mon opinion est plutôt en faveur du négatif. Mais comme je l’ai aussi déjà expliqué, il n’est jamais inutile de se remettre en question. Ce qu’on pense à un moment donné vaut la peine d’être révisé, d’être contredit, même par soi-même.
Penser en mouvement : se corriger pour mieux comprendre
Qu’il s’agisse de se conforter dans son idée première ou de se raviser, de se corriger avec des éléments nouveaux qui auraient pu faire évoluer notre pensée, une pensée figée n’est pas une bonne pensée selon moi. Je ne crois pas aux inscriptions dans le marbre : le temps, l’évolution les effacent, les estompent, les transforment ou les font disparaître.
C’est une pratique à laquelle j’essaie de me plier, même s’il est vrai qu’il n’est jamais simple de se remettre en question — encore moins ses idées, ses pensées, ses convictions. Mais c’est un exercice nécessaire pour ne pas devenir un vieux con. L’expression n’est pas très littéraire, mais elle a le mérite d’être claire dans toutes les langues. On en connaît tous un ou une.
Un échange révélateur : quand l’argumentation se retourne
Au hasard d’un échange, il m’est apparu que ma vision de l’intelligence artificielle était quelque peu biaisée par une forme de refus de l’évolution technologique. Je ne renie pas les doutes et les craintes que soulève cette technologie. Elle est à mon sens mal employée, et le chemin mercantile emprunté ne me paraît pas être le plus judicieux pour l’humanité dans son ensemble.
Lors de ce bref échange avec un enseignant, je me suis vu défendre l’usage de l’intelligence artificielle par les étudiants. En lisant l’article de l’enseignant en question, sa pensée m’est apparue en partie erronée. Sa position, qui était la mienne jusqu’à présent, ne me semblait plus correcte à mes yeux. La forme qu’il employait était plus basique que la mienne, mais le fond était équivalent — et il m’est apparu tout simplement bête.
L’interdiction de l’IA dans les études supérieures : une aberration ?
En résumé, son propos était de dire que l’utilisation de l’IA n’était pas bonne pour ses étudiants et qu’il utiliserait un détecteur d’IA pour ses cours. Il n’entrait pas plus dans le détail, donc je ne rentrerai pas dans une critique technique de sa volonté d’utiliser un tel outil. Cela peut fonctionner pour des images, des vidéos, des audios, mais une production de texte peut être remise en forme, reformulée, etc.
Dans le cadre précis des études supérieures, la prohibition de l’utilisation de l’IA m’est apparue comme une aberration. Les cycles d’études me paraissent être sensiblement les mêmes dans tous les pays : très jeunes, on apprend les fondamentaux, puis on augmente les connaissances jusqu’à obtenir un savoir suffisant pour évoluer dans la société à laquelle on appartient.
L’évolution technologique rend certaines tâches obsolètes
Quand on arrive au stade supérieur, on est censé avoir acquis toutes les bases et évoluer vers une spécialisation intellectuelle, scientifique ou technique. Les bases et le travail redondant ne deviennent alors qu’une perte de temps et d’énergie, une répétition tout à fait inutile tant intellectuellement que techniquement.
C’est quelque chose qui est déjà, depuis longtemps, évident avec l’informatique moderne dans le monde de l’entreprise, de la finance, et dans tous les domaines en fait. L’enseignement n’en est pas exclu. Aujourd’hui, un élève de 12 ans a accès à des outils lui permettant d’effectuer des programmes informatiques qui étaient réservés à des professionnels expérimentés il y a 30 ans.
Résultat vs forme : une tension toujours actuelle
Les bases techniques sont plus accessibles et documentées qu’à l’époque, et les outils facilement installables et utilisables. Tous les aspects qui devaient entrer au préalable dans cet apprentissage sont devenus accessoires et inutiles par l’avancée technologique et son omniprésence quotidienne.
Que ce soit correct ou pas importe peu en fait, puisque seul le résultat compte. Ce point mérite discussion, et je ne suis pas en accord total, car la forme, pour moi, importe autant que le fond.
L’IA comme outil, pas comme menace
Le domaine technique et réglementaire de l’enseignant en question reflète tout à fait cette vision. Dans un environnement où les connaissances sont en constante évolution, la connaissance à un instant donné n’est valable qu’à cet instant et ne relève en rien d’une compétence supérieure par rapport à un autre individu.
C’est nécessaire et indispensable dans le parcours qui mènera à une fonction dans une entreprise, mais cela ne relève en rien de l’intelligence de l’individu ou de sa capacité à progresser. Avoir la capacité d’assimiler des contenus et de les ressortir n’est pas l’image que je me fais d’un étudiant de niveau supérieur — tout comme produire des tâches répétitives, qu’il s’agisse de techniques ou de productions écrites.
Conclusion : intégrer l’IA intelligemment dans l’enseignement
Tous ces éléments et bien d’autres sont par définition inutiles et rébarbatifs de nos jours. Premièrement parce que les outils informatiques sont là depuis des dizaines d’années pour réaliser cela, et ensuite parce qu’aujourd’hui ils sont devenus accessoires et inutiles avec l’IA.
Alors est-ce que c’est une bonne chose ? Je ne pense pas. Mais doit-on se battre pour l’apprentissage de quelque chose qui, de toute façon, n’aura plus de raison d’être appris ? Je ne pense pas. Qu’on apprenne à corriger la production de la machine en ayant les bases nécessaires, oui, c’est utile. Qu’on fasse passer un temps fou à des étudiants de niveau supérieur sur des tâches déjà inutiles et totalement dévalorisées dans le monde intellectuel, technologique et de l’entreprise, non !
Un avocat, quelle que soit son expérience et sa connaissance du Code civil, vérifiera toujours dans son Code civil si c’est correct. Il en va de même pour tous les professionnels dignes de ce nom.
Comme il s’agit d’un billet de blog écrit sur l’instant, il est certain que bon nombre d’éléments apparaîtront trop superficiels à certains. Mon propos ici est de dire que se battre contre l’IA dans les études supérieures m’apparaît plus comme un combat nul et non avenu — comme une défense conservatrice du mode d’apprentissage séculaire des universités, plus du tout à l’ordre du jour — que comme une lutte indispensable et nécessaire.
Qu’elle le soit pour les publics plus jeunes ne fait aucun doute à mon sens. Son bannissement, non. Son inclusion, oui — de manière intelligente et critique.

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