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Cela fait maintenant plus de 23 ans que je travaille. J’ai eu des responsabilités plus ou moins mises en valeur par mes employeurs. Le plus important a toujours été la valeur que m’accordaient les clients et mes collègues qui parfois, dans un sens, étaient des clients. La reconnaissance est une chose importante ; elle passe par de nombreux éléments. Le premier étant le salaire, pas le plus important, mais je le place tout de même en tête de liste dans le choix d’un nouvel emploi. Tout dépend du contexte : si l’on se sent bien dans une entreprise, on peut ne pas avoir de trop grandes exigences salariales. Il n’en demeure pas moins que l’aspect financier n’est jamais à négliger.
Quand vie pro et vie perso s’entremêlent
En faisant un petit retour en arrière pendant cette période de changement majeur dans ma vie, je me remémore à l’occasion le déroulé de ma vie professionnelle, indissociable de ma vie personnelle. Est-ce que c’est normal ? Est-ce que c’est bien ? Je ne sais pas, c’est comme ça. Je me suis rendu compte que l’une et l’autre étaient tout à fait indissociables dès mon entrée dans le monde professionnel. Et durant cette année assez spéciale, j’ai observé à quel point ma vie personnelle était toujours passée en arrière-plan, que la professionnelle l’avait totalement régie, que mes décisions n’avaient été prises qu’en fonction de mon travail, à des degrés variables mais tout de même.
Cette prise de conscience n’est pas amère pour autant. Elle est juste déceptive pour quelqu’un comme moi qui s’est toujours vu et voulu indépendant et libre de ses choix. Cette carrière m’a permis beaucoup de bonnes choses car, malgré de nombreuses situations difficiles voire traumatisantes, j’ai toujours su en tirer les bonnes leçons sur le travail, le monde de l’entreprise et la nature humaine. La multitude de situations qu’il m’a été possible de connaître me place aujourd’hui dans une situation où j’ai une solution, dans mon domaine, quel que soit le problème. Même si la solution est « il n’y a pas de solution », car oui, c’est une option qui ne connaît pas un grand succès en entreprise où la réalité n’a pas grand-chose à faire. Mais par expérience, le statu quo est parfois la meilleure solution. J’ai pu constater que les changements majeurs ou mineurs ont souvent des coûts supérieurs au bénéfice et des avancées qui s’avèrent être des marches arrière. Mais comme il existe toujours une justification, cela ne dérange en rien les décisionnaires qui ont, pour les plus expérimentés d’entre eux, la capacité de transformer un échec en réussite, et je leur tire mon chapeau pour ça.
Les visages du monde du travail
J’en ai connu, j’ai même connu des gens qui disaient ouvertement qu’ils ne comprenaient pas à quoi servait la structure qu’ils dirigeaient et que si cela ne tenait qu’à eux, elle serait fermée. On rencontre des gens extraordinaires dans le monde du travail. Ceux-là même qui n’hésitent pas à renvoyer tous ceux qu’ils peuvent, à s’augmenter substantiellement et à rester au-delà des limites légales. J’ai pu aussi rencontrer à l’occasion des personnages qui lisaient leur journal jusqu’à ce qu’en fin de journée le grand chef arrive, quand la majorité des salariés était partie, pour qu’il voie qu’eux étaient encore là. Aussi, celles et ceux qui attendaient son arrivée tardive pour sortir à ce moment-là et faire preuve d’une image de travailleurs acharnés. On en a tous vus et on en verra toujours. Moi, j’ai toujours préféré arriver de bonne heure parce que le matin, pour moi comme pour la grande majorité, c’est là où l’on est le plus efficace. Le soir, sauf nécessité, je pars à l’heure pour avoir un tant soit peu une vie personnelle car, contrairement aux autres cités précédemment, le temps où je suis payé, je ne fais pas ou très peu de choses personnelles.
Mais ces considérations de gestion du temps et de l’image qu’on donne, que ce soit à ses collègues ou à son employeur, comptent peu dans un monde normal puisque ce qui compte principalement c’est son travail et qu’il soit fait, et dans l’idéal, bien fait. Or, nous sommes toutes et tous confrontés à une forme d’inégalité quant à l’appréciation du travail bien fait. Une forme d’injustice flagrante existe et personne ne peut l’ignorer, sauf si on en bénéficie. Si c’est votre cas, tant mieux pour vous, mais je crois que vous ne serez pas en mesure de saisir un dixième de mon propos actuel.
Leçons amères et investissements bilatéraux
J’ai eu à subir cette forme d’injustice, principalement due à l’animosité personnelle d’un dirigeant, ce qui n’était pas le cas avec le précédent. Les raisons me sont encore aujourd’hui totalement inconnues. Cela ne me perturbe pas et ça ne m’a pas perturbé à l’époque, mais ça m’a appris que, bien qu’apprécié pour ma personnalité, mon travail et reconnu comme tel, que ce soit en paroles ou en salaires, une inimitié pouvait suffire à détruire des années d’investissement bilatéral. Oui, car je me suis investi comme on a investi en moi. Le résultat était bénéfique pour les deux et c’est en ce sens que je n’ai pas de regrets particuliers que ma vie ait été orientée d’après mon emploi, ses contraintes et ses bénéfices. J’ai donc appris une dure leçon qui m’a fait comprendre qu’une relation d’investissements mutuellement bénéfiques pouvait se transformer assez rapidement en une relation que j’ai du mal à qualifier simplement. Il n’en reste pas moins un bénéfice indéniable à mon crédit, que ce soit financièrement, techniquement ou humainement car au final, et j’ai beaucoup de plaisir à le constater, l’intelligence était de mon côté et les pertes ne furent pas du mien. Peu importe pour la personne initiatrice de cet échec puisque de toute façon, seul le résultat personnel avait de l’importance et non le professionnel. Oui, nous étions en face d’une personne qui voulait se donner une image de grande professionnelle mais qui n’était qu’une enfant caractérielle répondant plus à ses sentiments qu’à une logique, une réflexion raisonnable. Heureusement pour moi, les règles du monde du travail actuel ne répondent pas à celles d’antan et la considération humaine a fait son chemin entre-temps, bien qu’on puisse constater une volonté de régression comme sur bien d’autres sujets. Je ne comprendrai jamais les salariés qui votent pour des gens dont la volonté est de les discriminer plutôt que de les rétribuer, à croire que l’esclavage moderne a de beaux jours devant lui.
Être là quand ça compte
Pour autant, ma carrière ne se résume pas à cette mise en lumière d’un événement particulier. Comme je le disais, j’ai appris énormément de choses et si je devais en retenir une en particulier, c’est que, quelle que soit la façon dont on vous traitera, bien souvent cela n’aura rien à voir avec vous, votre travail ou l’image que les gens ont de vous. Mais, et c’est un mais qui a son importance, il ne faut jamais le négliger, ce serait une grave erreur à laquelle d’autres s’attacheront. Je ne crois pas que cela puisse s’appliquer à toutes les professions mais qu’on vous apprécie ou pas, qu’on reconnaisse vos compétences ou pas, le plus important est d’être là quand ça ne va pas et de faire ou proposer son aide lorsque les choses ne vont pas bien. On saura vous le reconnaître, évidemment on saura l’oublier aussi et ça ne protège en rien. À titre d’exemple, j’ai pendant six mois fait plus que deux personnes en un an. Ça a été vu, su et reconnu, pas dans ce but-là, mais parce que le contexte me l’imposait, personne d’autre que moi. Ça n’a pas empêché que d’autres qu’on ne voyait pas et qu’on n’entendait plus dès qu’il y avait une crise ou que les choses n’allaient pas, sont toujours présents et moi plus. Est-ce que je trouve ça injuste ? Non, parce que j’étais plus payé qu’elles donc je coûtais plus et en se débarrassant de moi, j’ai coûté encore plus cher. C’est ce que j’appelle un investissement à pertes car le seul à y avoir vraiment gagné, c’est moi. Je doute qu’aujourd’hui le calcul ne soit pas à mon bénéfice.
La complexité d’une carrière et la liberté retrouvée
Et c’est là toute la complexité d’une carrière professionnelle quand on la prend dans son ensemble et qu’on fait un point comme je le fais actuellement. Il faut savoir le plus objectivement possible si on a été plus gagnant que perdant. Pour l’heure, j’en suis arrivé à la conclusion que j’en suis sorti gagnant à chaque fois grâce à ma patience, à ma ténacité, à mon intelligence et surtout grâce à l’investissement que j’ai su mettre au sein des entreprises, à leurs services, à celui des clients et de mes collègues. J’ai le luxe, par le résultat de plus de vingt ans de travail maintenant, de pouvoir dire qu’il a porté ses fruits. Pour la première fois depuis très longtemps, je me sens en totale liberté de choisir ce que je veux que soit le reste de ma vie. Et je me rends compte que c’est presque plus difficile que de suivre le chemin qui était tracé jusqu’à présent.
Je ne suis pas un très bon donneur de conseils, premièrement parce que je pense, contrairement à certaines et certains, que nous sommes tous différents et que ce qui me convient ne conviendra pas à d’autres. Mais si je devais finir cet extrait de ce que m’inspirent certains événements de ma carrière, ce serait en disant qu’on doit dès le début envisager les fins possibles pour ne pas être pris au dépourvu. Car c’est souvent quand on s’y attend le moins que la fin arrive et si on ne s’y est pas préparé, on peut être déçu, perdu, tomber à terre et avoir du mal à se relever.
Vingt ans d’expérience m’ont appris une chose primordiale : la patience et l’intelligence de l’anticipation sont vos meilleurs alliés pour transformer chaque fin en une nouvelle victoire.
Penser à la fin au début, ça c’est une déformation professionnelle qui m’aura bien servi, disons aidé. L’informatique n’a pas que des travers.

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