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Adopter le bon état d’esprit face aux paris sportifs

Il y a beaucoup de choses à savoir avant de se poser cette question, la première étant de savoir ce que vous comprenez par gagner de l’argent. Si vous pensez pouvoir vivre des paris sportifs, la réponse est catégorique et sans discussion : c’est non ! Pourquoi, puisque certains disent que c’est possible ?

Les « vendeurs de rêves » et la réalité du gain

Plusieurs cas de figure sont possibles. Le premier, ce sont des gens qui vivent de cette affirmation en vous vendant des formations aux paris sportifs, des contenus sponsorisés, ou des pronostics basés ou non sur l’IA. C’est très à la mode en ce moment.

Le deuxième cas de figure concerne des personnes qui ont déjà une situation financière aisée. Pour elles, cette forme d’investissement n’est qu’accessoire dans leurs revenus. Elles peuvent donc se permettre d’adopter des stratégies de paris sportifs générant des gains réguliers, qui pourraient paraître suffisants pour vivre pour des personnes lambda.

Pour résumer, la plupart des « vendeurs de rêves » ne proposent jamais d’historique ou de suivi transparents de leurs services. La simple raison ? Ce ne serait pas vendeur. Bien sûr, vous trouverez ponctuellement des gens honnêtes, mais vous constaterez assez rapidement, s’ils en font commerce, que les résultats négatifs sont dissimulés ou, dans le meilleur des cas, minimisés ou expliqués par diverses argumentations discutables.

L’inexistence de stratégies gagnantes à long terme

En outre, il n’existe aucune stratégie de paris sportifs qui ait été vérifiée et prouvée comme étant rentable sur le long terme. Si une telle méthode existait, il est logique que son détenteur ne la rendrait pas publique. Pourquoi ? Elle deviendrait inefficace ! Le principe même de fonctionnement du marché la rendrait obsolète en très peu de temps, car les prix du marché s’y adapteraient. Aucun « bookmaker » n’affecterait un prix intéressant à un résultat dont la probabilité est jugée sûre ; tout intérêt disparaîtrait dès lors.

Quant aux stratégies basées sur des études statistiques, elles ne se révèlent efficaces que dans des contextes particuliers, très éloignés du quotidien des personnes cherchant à réaliser des bénéfices. Bien souvent, elles ne tiennent pas compte du monde réel et matériel. Le critère de Kelly, dont j’ai parlé dans d’autres articles, en est un exemple. Son utilisation maximise grandement l’évolution positive de nos investissements en période de réussite, mais elle peut aussi les diminuer, voire les anéantir, en un temps record. Il n’en reste cependant pas inutile dans une stratégie de croissance si l’on possède les outils nécessaires à la quantification précise de la probabilité de survenance de l’événement.


Paris sportifs : un investissement, pas un jeu d’argent

C’est là la base de tout investissement. Oui, on parle d’investissement dès lors qu’on n’entend pas cette pratique comme une activité ludique ou récréative. Les termes « jouer de l’argent » ou « jeux d’argent » sont d’ailleurs tout à fait déplacés dès qu’il est question d’argent. On ne joue pas d’argent, on l’investit à court, moyen et long terme, mais on ne « joue » jamais d’argent.

Cette notion doit être prépondérante dans l’approche d’une telle activité. L’argent ne tombe pas du ciel et espérer gagner beaucoup d’argent avec les disciplines sportives relève du même espoir que de gagner à la loterie. Donc, si vous êtes dans cet esprit, essayez au moins de mettre plus de chances de votre côté.

Comment augmenter vos chances (mais pas vivre) des paris sportifs ?

Comment faire ? Le principe est simple : si vous souhaitez investir peu pour gagner beaucoup, alors considérez une approche sur le long terme. C’est comme un joueur de loterie qui achèterait un ticket par semaine. Choisissez 10 matchs et jouez une combinaison. Vous aurez plus de chances qu’à la loterie, et les gains seront importants.

Quand on parle de « plus de chances », cela reste faible. Pour 10 matchs de football, on parle d’une probabilité de 0.0017%. Pour le Loto français, la probabilité est de 0,0000058% pour la combinaison avec les gains maximums, en espérant être le seul à la trouver. Le prix d’une grille de Loto est de 2.2€. Pour cette somme, avec 10 matchs, vous pouvez gagner entre 1000€ et un peu plus de 2000€.

La probabilité initiale peut être augmentée en votre faveur en sélectionnant attentivement les matchs. On se retrouve donc dans une situation où le gain n’est plus déterminé uniquement par la chance, mais aussi par vos choix, qui, s’ils sont judicieux, optimisent votre probabilité de gains.

Cette approche est celle qui me paraît la moins nocive sur le long terme étant donné la comparaison des probabilités entre les deux activités. Il y a peu de chances pour les deux, mais plus de chances pour l’une que pour l’autre pour un coût équivalent. On peut dès lors considérer que bien que le facteur chance existe pour les deux, pour l’une, il occupe une part moins importante, ce qui lui confère davantage un caractère d’investissement que de jeu de hasard.

Réduire l’incertitude dans l’investissement

C’est là toute la différence à faire : réduire au minimum la part d’incertitude et de hasard lorsqu’on investit de l’argent. C’est valable dans tous les domaines. Il y a une part d’incertitude lorsqu’on achète une voiture neuve ou d’occasion : confiance dans le constructeur, dans ses sous-traitants, confiance dans l’état du véhicule d’occasion. Cette notion de confiance peut être assimilée à la part d’incertitude. Ce sont des éléments que nous ne connaissons pas réellement, mais que nous pouvons, en partie, connaître.

Nous ne savons pas si un sous-traitant a mal fabriqué un airbag qui pourrait causer notre mort, tout comme nous ne savons pas si un gardien de but apprend juste avant un match décisif que sa femme le quitte. On ne peut pas tout savoir et tout analyser. C’est en ce sens qu’il convient de ne pas faire n’importe quoi. Par « n’importe quoi », j’entends par exemple miser 500€ sur un match de football quand on gagne 2000€ par mois. Il s’agit là d’un comportement à risque, extrêmement dangereux et totalement contre-productif si votre objectif est de gagner de l’argent.


La méthode d’investissement saine et le suivi rigoureux

La seule méthode qui soit entendable, valable et « saine », si l’on peut employer ce terme, c’est d’investir une part d’argent disponible et d’y appliquer une méthode stricte d’investissement.

Je ne suis pas un spécialiste de la finance, mais le consensus veut que l’on diversifie son portefeuille et que l’on n’investisse pas la totalité de son capital dans un seul secteur ou une seule entreprise. De même, il convient d’affecter une somme initiale (votre « bankroll ») et de ne jamais en déroger jusqu’à la fin d’une période définie.

Gérer son capital dans les paris sportifs : l’exemple du football

Prenons l’exemple du football : pour les championnats majeurs européens, les saisons débutent en août et finissent en mai. On allouera une somme, disons 2000€ pour toute la saison. Si l’on gagne 2000€ par mois, cela représente déjà 8% de nos revenus annuels. Ce n’est pas anodin ! Contrairement à un investissement sur les marchés financiers qui fluctue à la hausse ou à la baisse, dans notre cas, nos investissements s’ils ne sont pas bons seront une perte sèche, immédiate.

Une action qui vaut 10€ quand on l’achète et 7€ quinze jours plus tard peut dans 3 mois valoir 12€. Dans le marché des paris sportifs, une mise de 10€ sur un événement ne se transforme jamais en bénéfice ; elle ne fait qu’augmenter notre déficit. C’est la raison pour laquelle il ne faut rien prendre à la légère, et surtout ne pas négliger le suivi de ses investissements. Croire est une chose, voir c’est mieux. On peut croire qu’on gagne alors qu’en fait, on a perdu une somme considérable depuis des mois ou des années, une somme qui aurait pu servir à bien d’autres choses plus utiles.

L’importance cruciale du suivi financier

Il faut donc suivre son argent. C’est valable aussi pour les autres secteurs de dépenses. Il n’est pas inutile, loin de là, de savoir ce que l’on paie à l’année. Par exemple, le coût d’une assurance peut très bien se négocier régulièrement ; encore faut-il suivre ce que cela nous coûte. Le suivi est donc prépondérant : toute activité où il est question d’argent doit faire preuve d’un suivi régulier pour être face à la réalité.

Choisir sa stratégie d’investissement : court, moyen ou long terme ?

Maintenant que nous avons défini une somme valable pour une saison, il convient de savoir comment nous souhaitons l’investir. Il y a plusieurs méthodes pour cela :

  • Le court terme : C’est le « tout ou rien ». Vous misez une grosse somme en une seule fois. Si l’événement est « sûr » (ce qui est rare en réalité), le gain sera minime (5% à 20% de la mise). Mais ce type de « coup » mène souvent à des pertes plus importantes sur le long terme car il est difficile de s’y limiter. Nous le déconseillons fortement en raison du risque extrême de perte totale de votre bankroll.
  • Le moyen terme : Ici, vous divisez votre capital initial en 5 à 10 parts et les misez ponctuellement. C’est un peu plus raisonnable que le court terme, mais le risque reste élevé et ce n’est pas adapté pour la durée d’une saison complète.
  • Le long terme : C’est, de loin, la meilleure approche.

Pourquoi privilégier le long terme dans les paris sportifs ?

La stratégie à long terme est à privilégier principalement parce qu’elle permet un suivi précis de vos performances dès le début et une estimation réaliste de votre potentiel de gains ou de pertes.

La règle d’or ici est d’allouer un petit pourcentage de votre capital de départ à chaque mise. Un consensus général recommande une fourchette de 1% à 5%. Pour débuter, 1% de votre bankroll par pari est la base à appliquer. Au premier abord, les gains peuvent sembler ridicules par rapport aux approches à court ou moyen terme.

Pourtant, avec une approche intelligente et disciplinée, un bénéfice de 10% sur la saison est faisable avec un taux de réussite légèrement supérieur à 50%. Et en cas de pertes, celles-ci restent raisonnables et comparables à d’autres investissements boursiers.


Le rôle du hasard et l’importance de l’analyse

Comment peut-on réaliser un bénéfice de 10% ? Par vous-même et vos choix, ou en laissant le hasard opérer. Oui, le hasard ! J’ai pu expérimenter que le hasard obtenait d’aussi bons résultats que toute autre forme de prise de décisions dans ce type d’investissement.

Parlons brièvement de statistiques : un match de football a 3 résultats possibles, soit 33.33% de chances pour chaque résultat. Par vos connaissances, vos lectures, vos amis, votre expertise, vous pouvez augmenter cette probabilité pour un résultat et ainsi lui affecter une probabilité pour définir une mise. Ceci peut être fait par votre propre calcul ou via le critère de Kelly, en veillant à le pondérer avec un maximum de 5% ou 10% de votre capital. Vous pouvez tout aussi bien affecter exactement la même somme à chaque fois, cette méthode est de loin la moins risquée. Certains conseillent d’appliquer une mise en fonction des gains que l’on souhaite réaliser. Je ne suis pas d’accord avec cette méthode qui ne calcule la probabilité qu’avec la cote proposée et, de fait, réduit les bénéfices et augmente les pertes potentielles.

L’expérience du hasard face aux algorithmes

Je parlais du hasard précédemment, et voici en quoi le fait de suivre vos résultats est important : vous pouvez considérer que dès lors que vous obtenez plus de 50% de bons résultats, vous êtes meilleurs que le hasard. Si vous obtenez en deçà de 50%, alors vous êtes moins bon, ou tout du moins aussi mauvais que si vous choisissiez au hasard comment investir votre argent.

À titre personnel, j’ai expérimenté que le choix au hasard de résultats sur une période de 5 semaines et 50 matchs de football avait généré plus de bénéfices qu’un algorithme de sélection basé sur l’IA. Comme le monde aime l’équilibre, il est certain qu’en poussant l’expérience à plus longue échéance, les pertes auraient annulé les bénéfices. Mais l’expérience a démontré que l’algorithme n’était pas plus efficace que le hasard et donc inutile. Celui que j’utilise sur la Coupe du Monde des Clubs 2025 me semble plus robuste car il reste sur une moyenne de plus de 60% depuis le début de la compétition, avec quelques matchs nuls très intéressants financièrement.


Focus : Le Critère de Kelly

Le Critère de Kelly est une formule mathématique utilisée dans la gestion de portefeuille et l’investissement, y compris les paris sportifs, pour déterminer la taille optimale d’une série de paris. Son objectif est de maximiser la croissance à long terme de votre capital.

En termes simples, la formule de Kelly vous aide à calculer le pourcentage idéal de votre capital à miser sur un événement, en fonction de la probabilité que vous estimez pour votre pari et de la cote proposée.

La formule est la suivante :

f=(bp−q)/b

Où :

  • f = la fraction de votre capital à miser
  • b = le rapport entre le gain net et la mise (par exemple, si la cote est de 2.00, vous gagnez 1€ pour 1€ misé, donc b=1)
  • p = la probabilité estimée que votre pari soit gagnant
  • q = la probabilité estimée que votre pari soit perdant (q=1−p)

Exemple simplifié : Si vous estimez qu’une équipe a 60% de chances de gagner (donc p=0.60 et q=0.40) et que la cote est de 2.00 (b=1), alors : f=(1∗0.60−0.40)/1=0.60−0.40=0.20

Dans cet exemple, le Critère de Kelly suggérerait de miser 20% de votre capital.

Pourquoi l’utiliser avec prudence dans les paris sportifs ?

Comme mentionné dans l’article, bien que le Critère de Kelly soit théoriquement optimisant, il repose sur une estimation parfaitement exacte de la probabilité de l’événement (p). Dans le monde réel des paris sportifs, il est extrêmement difficile d’estimer cette probabilité avec une telle précision. Une légère erreur dans votre estimation peut conduire à une sur-mise excessive, augmentant considérablement le risque de ruine de votre capital, surtout en période de pertes. C’est pourquoi il est souvent recommandé d’utiliser une fraction de Kelly (par exemple, miser la moitié ou le quart de ce que la formule suggère) pour atténuer ce risque.


Conclusion : Rigueur, passion et réalité des paris sportifs

Il est utile et très important de souligner que cet article n’a pas vocation à inciter une quelconque pratique. Il s’agit là de partager des informations et un retour d’expérience sur une pratique qui, lorsqu’elle est traitée avec sérieux, revêt un intérêt particulier en termes de statistiques, de gestion personnelle, de gestion d’argent et de maîtrise de soi, mais aussi et bien entendu de passion pour un ou plusieurs sports.

À titre de comparaison, je peux vous dire que j’ai perdu en bourse ce que j’ai gagné avec le football, j’étais donc à l’équilibre. Ce n’est pas le but recherché, mais cette année s’annonce plus intéressante, nous verrons bien.

Le travail, l’organisation, la connaissance, l’évaluation, le rapport risques/bénéfices, le suivi… en synthèse, la rigueur sont indispensables dans beaucoup de disciplines, qu’elles soient intellectuelles ou sportives. Celle-ci n’en déroge pas et n’est pas un jeu. Car quand de l’argent est en jeu, on ne s’amuse pas, sinon c’est qu’on a un ou plusieurs problèmes, ou qu’on est très, très riche. Le fait d’être riche ne protégeant en rien d’avoir des problèmes, de ce type y compris.

© Olivier 2020–2065.
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On ne peut pas vivre des paris sportifs

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